«  Pierrot, est si intelligent que lorsque je veux le punir, il réussi à me convaincre, par ses habiles arguments, qu’il ne le mérite pas. C’est le même phénomène si on lui refuse quelque chose: à force d’arguments, nous nous rendons très souvent à son avis. Il est devenu si compétent dans ce domaine que nous ne savons plus trop comment agir dans ces situations », raconte Carole, la mère du garçon.

Le père de Jasmine renchérit : « Notre fille, de 8 ans, n’accepte pas les “Non”. Elle s’acharne auprès de nous à les faire modifier en “Oui”. Solides dans notre refus, elle ne parvient pas à nous faire changer d’avis mais ce qu’elle peut argumenter longtemps ! La même situation se reproduit lorsqu’on lui demande d’exécuter ses tâches : elle argumente pour les accomplir plus tard ou ne pas les accomplir du tout. »

Ces situations parfois épuisantes pour les parents, aboutissent  souvent à une escalade explosive. Ces parents n’encouragent-ils pas en quelque sorte ce comportement chez leur enfant ? Pierrot, avec ses arguments, semble obtenir tout ce qu’il demande. Et qu’en est-il de Jasmine ? Même si ses parents maintiennent leur refus, elle obtient tout de même une attention soutenue, ce qui l’encourage à persévérer.

De nombreux milieux scolaires se plaignent qu’une multitude d’enfants refusent toute limite, contestent les règles et argumentent sur tout. Puisque ce comportement s’avère  « payant » à la maison, ils le reproduisent partout. Or, il importe d’apprendre à vivre avec des règles et  certaines limites « incontestables » le plus tôt possible, sans quoi l’enfant ne sera pas préparé pour la « vraie vie ».. Imaginez une entrevue d’embauche pour un emploi s’il conteste les règles de l’entreprise ou l’autorité mise en place.

Poser une LIMITE claire à l’argumentation:

Annoncez à votre enfant votre limite à un moment où vous êtes calme:

  • « À partir de maintenant, lorsque ton père ou moi te refuserons quelque chose,  nous maintiendrons notre position, notre « non »,  malgré tes arguments. Nous t’accorderons 20 secondes pour exprimer ton mécontentement, ta frustration ou autre. Une fois ce temps écoulé, nous vaquerons à nos occupations en faisant la sourde oreille. Je n’aimerais vraiment pas avoir à agir ainsi, mais c’est toi qui va décider. »

Il importe, lorsque le comportement se reproduit, d’intervenir à chaque fois de cette façon afin que votre limite soit claire. « Il va me faire une crise ! » anticipent plusieurs parents. Dans la section « J’ai lu pour vous » un livre concernant les crises et colères vous sera suggéré.

Que faire pour mettre fin à ce comportement ?

Voici les étapes recommandées:

1. NOMMEZ les sentiments, les émotions, les besoins et les désirs relatifs à la situation lorsque le calme est revenu.

Vous pouvez employer des phrases telles que :

  • « Tu sais que je t’aime, mais je n’aime pas tous les arguments dont tu te sers lorsque je te dis “non” ou que je te demande d’effectuer une tâche. »
  • « Je sais que tu n’es pas content de la conséquence que tu dois assumer. »
  • « Je vois que tu n’es pas tentée du tout de te mettre à la tâche. »
  • « Lorsque je te demande d’effectuer tes tâches et que tu refuses ou me donnes une foule d’arguments, cela m’agace. J’ai besoin de ta collaboration et d’ordre dans notre maison. Je te demande donc de ranger immédiatement tes effets personnels. »

2.  Aider à trouver un comportement de remplacement ou une stratégie aidant au respect de la règle

Vous pouvez employer des phrases telles que :

  • « Lorsque je te demande d’assumer la conséquence d’un manquement aux règles où d’effectuer une réparation, dis-moi comment tu te sens plutôt qu’argumenter et porter des jugements sur moi. Exprime-moi  ton désaccord ou ton mécontentement plutôt que me dire que je suis injuste, que j’exagère… »
  • « Lorsque je te demande de ranger tes effets personnels, nomme-moi ce que tu ressens : frustration, déception… plutôt que me servir une foule d’arguments pour t’éviter d’exécuter ma demande. »

Amener les enfants à différencier l’argumentation de la négociation facilite ces moments. L’argumentation telle que décrite par de nombreux parents est une sorte de discussion vaine faite de contestation, de séduction (avec des phrases comme : « Ma belle maman, s’il te plaît… ») et de justifications (avec des phrases comme : « Je ne peux pas parce que… » ou « Pourquoi je dois toujours… ») qui n’amènent rien de positif ni de constructif et se termine le plus souvent par de la frustration et une colère exprimée de façon inacceptable. La négociation, quant à elle, est une discussion visant à s’entendre sur un point ou sur un projet afin de parvenir à un arrangement. Une fois la distinction effectuée, signifiez à votre enfant ce qui est « négociable » et ce qui ne l’est pas.

  • « Lorsque tu me demandes de rentrer après 21h, ma réponse est “Non” et cela ne changera pas. C’est non négociable jusqu’à ton prochain anniversaire. »
  • « Si tu me demandes de retarder ton heure de coucher parce que tu as un ami qui dort à la maison, cela est négociable et nous pourrons en discuter pour arriver à une entente. »

4.  Prévenez la répétition de ce comportement 

Serait-ce une recherche d’attention ou une recherche de limites de sa part ? Assurez-vous de lui accorder régulièrement une attention positive et concentrée (Méthode du Dr Russell Barckley) telle que recommandée dans mes livres en plus de vous attarder aux comportements positifs et de les souligner. Par exemple :

  • « J’apprécie que tu ranges immédiatement tes jouets comme je te l’ai demandé. »
  • « J’aime que tu m’exprimes ton mécontentement de cette façon, sans arguments. »

Plus les besoins affectifs des enfants sont satisfaits et plus ils sont enclins à répondre à nos attentes, à accepter nos limites et collaborer en toute situation.  Les périodes de jeu exclusives sont à mettre en priorité à l’agenda!

Si vous intervenez à chaque fois en limitant la durée de ses arguments à 20 secondes, il s’arrêtera de lui-même et finira même par ne plus argumenter du tout puisqu’il ne gagne plus rien à le faire, même pas votre attention.